L’INRA Antilles-Guyane a alerté très tôt la communauté scientifique sur le risque de pollution . Les premières contaminations d’eaux et de sols par la chlordécone ont été relatées dans une publication scientifique en 1977.
Les résidus d’insecticides organochlorés dans les sols et les rivières de la région bananières de la Guadeloupe. J. Snegaroff, 1977. Phytiatrie Phytopharmacie, 26, 251-268. Télécharger cet article : 17 pagesLes contaminations de crustacés, poissons, oiseaux et mammifères par la chlordécone ont été montrées par les travaux de l’INRA en 1979 -1980.
Niveau actuel de la contamination des chaines biologiques en Guadeloupe pesticides et métaux lourds. A. Kermarrec et al., 1980. Rapport collectif coordonné par INRA – Centre Antilles-Guyane auprès du Ministère de l’Environnement et du Cadre de Vie, 155p. Télécharger des extraits de ce rapport : 56 pages L’analyse systématique, à partir de 1999, de la chlordécone dans les contrôles de qualité des eaux distribuées pour la consommation, a mis en évidence une forte contamination de certaines sources localisées dans les zones bananières.
La délimitation des zones à risque de contamination a été réalisée pour la Guadeloupe et la Martinique. Devant l’importance de la surface des sols potentiellement pollués par la chlordécone aux Antilles (plus de 12 000 hectares), et suite aux détections de contamination de plantes alimentaires dont on consomme les organes souterrains, des arrêtés préfectoraux ont subordonné depuis 2003 la mise en culture de ces plantes à une analyse de sols. Si les sols sont contaminés, la commercialisation de ces productions n’est autorisée qu’à la condition que la contamination de la récolte soit en dessous de la Limite Maximale de Résidu définie par l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA). .
L'INRA a mis en œuvre avec le CIRAD en 2003 des recherches sur la contamination des sols, des eaux et des légumes racines par la chlordécone aux Antilles. Cette recherche a montré que la capacité qu’ont les sols de stocker cette molécule est élevée, et variable. Ainsi, selon les types de sols, la pollution persistera entre plusieurs décennies et plusieurs siècles. Elle ne sera que très lentement éliminée par le lessivage des sols, contaminant au passage les nappes d’eau. Aucun autre vecteur de dépollution n’a été identifié à ce jour. Les légumes racines sont contaminés essentiellement à leur périphérie, par diffusion au contact des sols, et d’autant plus que le sol est pollué.
Stockage dans les sols à charges variables et dissipation dans les eaux de zoocides organochlorés autrefois appliqués en bananeraies aux Antilles : relation avec les systèmes de culture. Y.-M. Cabidoche, C. Clermont-Dauphin, A. Lafont, J. Sansoulet, P. Cattan, R. Achard, A. Caron, C. Chabrier, 2006. Rapport final de contrat de recherche, AP « Pesticides » 2002 MEDD. APC INRA Antilles-Guyane, 99p.Télécharger ce rapport de recherche : 99 pages En 2005, cinq Ministères ont chargé l’INRA et le CIRAD de mener une étude diagnostique et prospective sur les deux îles, destinée à apporter des réponses claires à des questions clés concernant l’étendue des contaminations et à proposer des solutions de gestion/reconversion des sols contaminés.
Conclusions du Groupe d’Etude et de Prospective « Pollution par les organochlorés aux Antilles » Aspects agronomiques. Contributions CIRAD INRA. Y-M. Cabidoche, M. Jannoyer, H. Vannière, Juin 2006.Télécharger ce document : 66 pagesLire la fiche de synthèse Inra, faisant le point sur l’état des lieux des pollutions et les perspectives de recherches
Télécharger la fiche : 2 pagesPour diminuer l’impact potentiellement ou réellement polluant des insecticides et nématicides, l’INRA a orienté ses recherches vers des pratiques agronomiques diminuant très fortement leurs usages.
Pour la culture de la banane ces recherches offrent des alternatives à la monoculture intensive:
- l’utilisation de cultures associées au bananier (la plante associée : Glyciridia, ou Crotalaria, fournit, grâce à ses nodosités, un complément d’azote au sol ou sécrète au niveau de ses racines des substances toxiques pour les nématodes qui s’attaquent aux bananiers) ;
- la modélisation du ruissellement de la pluie sur les bananiers et des circulations d’eau dans et sur les sols de bananeraie afin de diminuer le lessivage des engrais et pesticides solubles apportés à cette culture ;
- la mise au point d’une méthode de lutte biologique, qui attire le charançon du bananier dans un piège olfactif où, parasité par un nématode, il meurt ;
- la valorisation des sous-produits de la banane et l’intégration de cette culture dans des systèmes de productions animales innovants.